Par Wafaa El Hamdi, psychologue et hypnothérapeute

Il existe des blessures que les mots ne suffisent pas à guérir. Des événements qui se sont gravés si profondément dans le système nerveux qu'ils continuent de vivre en nous longtemps après que la situation dangereuse a disparu. On croit avoir tourné la page. On l'a même tournée, consciemment, rationnellement. Et pourtant quelque chose en nous est resté là-bas, dans ce moment-là, figé dans l'instant où tout a basculé.

C'est précisément à cela que l'EMDR répond. Non pas en expliquant, non pas en analysant, mais en permettant au cerveau de faire ce qu'il cherche à faire depuis le début : terminer ce qui n'a pas pu se terminer. Et cette transformation, je le constate séance après séance, peut se produire aussi bien derrière un écran que dans un cabinet.

Ce que le trauma fait au cerveau

Pour comprendre pourquoi l'EMDR fonctionne, il faut d'abord comprendre ce qui se passe lorsqu'une expérience traumatique s'installe dans le système nerveux.

Dans des circonstances ordinaires, le cerveau traite les événements de façon fluide. Une expérience arrive, elle est vécue, intégrée, puis rangée dans la mémoire comme quelque chose qui appartient au passé. On peut y penser sans en souffrir. On peut en parler avec une certaine distance. Le temps a fait son travail.

Mais lorsqu'un événement dépasse les capacités d'intégration du moment, lorsque la peur, l'horreur, la honte ou l'impuissance sont trop intenses, le cerveau n'arrive pas à terminer ce traitement. Le souvenir reste bloqué sous sa forme brute, chargé d'émotions, de sensations et de croyances telles qu'elles existaient au moment des faits. Pas comme un souvenir ordinaire. Comme quelque chose qui est encore en train de se passer.

C'est pourquoi le système nerveux d'une personne traumatisée reste en état d'alerte. Il ne sait pas que c'est terminé. Il surveille encore, il anticipe encore, il réagit encore comme si le danger était là, maintenant, réel. Une odeur, une voix, un regard, une situation anodine peut suffire à tout réactiver. Le corps répond au présent avec les ressources du passé, et cela épuise profondément.

Comment l'EMDR remet le cerveau en mouvement

L'EMDR, qui signifie Eye Movement Desensitization and Reprocessing, a été développé par la psychologue américaine Francine Shapiro à la fin des années 1980, à partir d'une observation aussi simple qu'elle était inattendue : des mouvements oculaires rapides, effectués alors qu'on pense à quelque chose de perturbant, réduisent spontanément l'intensité émotionnelle associée à ce souvenir.

Ce que Shapiro a observé par hasard, la recherche neuroscientifique a depuis commencé à l'expliquer. Les stimulations bilatérales alternées, qu'elles soient visuelles, auditives ou tactiles, sembleraient activer un processus similaire à ce qui se passe pendant le sommeil paradoxal, cette phase du sommeil où les yeux bougent rapidement sous les paupières et où le cerveau traite et intègre les expériences de la journée.

En guidant le patient à maintenir à l'esprit l'image traumatique, les émotions et les sensations corporelles associées, tout en suivant des stimulations bilatérales, l'EMDR semble débloquer le traitement qui était resté inachevé. Le souvenir commence à se transformer. L'intensité émotionnelle diminue. Les croyances négatives sur soi-même, celles qui se sont construites au moment du trauma, je suis en danger, je suis impuissant, je ne vaux rien, commencent à laisser place à quelque chose de plus juste, de plus vrai, de plus libre.

Ce n'est pas de l'oubli. Le souvenir reste accessible. Mais il change de nature. Il devient quelque chose qui s'est passé, une expérience intégrée dans l'histoire de la personne plutôt qu'un présent figé qui continue de la gouverner.

Ce que l'EMDR permet de traverser

La recherche sur l'EMDR est aujourd'hui l'une des plus riches dans le domaine de la psychothérapie. L'Organisation Mondiale de la Santé reconnaît l'EMDR comme traitement de référence pour le stress post-traumatique. Mais les indications vont bien au-delà de ce qu'on imagine souvent.

L'EMDR est particulièrement indiqué pour les événements traumatiques au sens classique du terme : accidents, agressions, catastrophes naturelles, violences, abus. Pour les personnes qui reviennent sans cesse sur ces événements dans leurs pensées, qui font des cauchemars, qui sursautent, qui évitent tout ce qui pourrait rappeler ce qu'elles ont vécu.

Mais l'EMDR est tout aussi précieux pour ce qu'on appelle les petits traumas, ces expériences qui ne semblent pas spectaculaires mais qui ont laissé des traces profondes : une humiliation d'enfance qui continue de dicter le rapport à soi-même, une séparation mal traversée qui colore toutes les relations suivantes, un sentiment d'abandon précoce qui génère une vigilance relationnelle épuisante, des années passées dans un environnement dévalorisateur qui ont construit une croyance tenace autour de l'idée de ne pas être assez.

L'EMDR s'adresse également aux personnes qui souffrent d'anxiété chronique, de phobies, de dépression résistante, de douleurs psychosomatiques, de troubles alimentaires, de schémas relationnels répétitifs, de manque de confiance en soi profond. Dans tous ces cas, lorsqu'on remonte aux racines, on trouve presque toujours des expériences précoces non intégrées qui alimentent le symptôme présent.

Pour qui l'EMDR est fait

L'EMDR bénéficie à un très large spectre de personnes. À ceux qui comprennent très bien, intellectuellement, ce qui s'est passé et pourquoi ils réagissent comme ils réagissent, mais qui constatent que cette compréhension ne change rien dans leurs ressentis et leurs comportements. À ceux dont le corps répond encore à des situations présentes avec les ressources émotionnelles du passé.

Il est particulièrement adapté aux personnes qui ont l'impression que quelque chose se répète dans leur vie sans qu'elles comprennent vraiment pourquoi. Ces schémas répétitifs, dans les relations, dans le rapport au travail, dans la façon de se traiter soi-même, pointent presque toujours vers des expériences non intégrées qui continuent de se rejouer.

Il est aussi très précieux pour ceux qui ressentent un décalage entre qui ils savent être et comment ils se perçoivent. Ceux qui doutent d'eux-mêmes de façon disproportionnée. Ceux qui n'arrivent pas à recevoir de l'amour ou de la reconnaissance même quand elle est sincèrement offerte. Ceux dont le système nerveux reste en alerte même dans des situations qui ne présentent objectivement aucun danger.

L'EMDR en visio : aussi efficace qu'en cabinet

C'est la question que beaucoup se posent avant de franchir le pas. Est-ce que l'EMDR peut vraiment fonctionner à distance, derrière un écran ? Est-ce que cette distance ne fragilise pas quelque chose d'essentiel dans ce type de travail ?

La réponse est oui, l'EMDR en visio fonctionne. Et les raisons en sont à la fois pratiques et profondes.

Sur le plan clinique, les études disponibles montrent que l'EMDR en téléconsultation produit des résultats comparables à l'EMDR en présentiel. L'alliance thérapeutique, ce lien de confiance qui conditionne la réussite du traitement, se construit aussi bien à travers un écran qu'en cabinet. Ce qui la nourrit n'est pas la présence physique dans une même pièce. C'est la qualité de l'écoute, la régularité des rendez-vous, la cohérence du cadre, et la sensation d'être vraiment accompagné.

Sur le plan technique, les stimulations bilatérales en visio s'adaptent naturellement au format à distance. Des tapotements alternés que le patient effectue lui-même sur ses genoux, ou des sons alternant d'une oreille à l'autre via des écouteurs. Ces stimulations sollicitent exactement le même mécanisme de traitement bilatéral du cerveau. Rien d'essentiel n'est perdu.

Et il y a quelque chose de plus subtil encore. Être chez soi pendant une séance d'EMDR présente un avantage réel que le cabinet ne peut pas toujours offrir d'emblée : la sécurité familière de son propre espace. Pour un système nerveux traumatisé, cette familiarité n'est pas anodine. Elle crée un terrain de sécurité qui facilite le lâcher-prise nécessaire au retraitement. Plusieurs patients me confient accéder plus facilement à un état de détente profonde depuis chez eux qu'ils ne l'avaient fait dans un cabinet qu'ils ne connaissaient pas encore.

La fin de séance en visio est aussi précieuse en elle-même. Pas de trajet à gérer après un travail émotionnellement intense. La personne peut prendre le temps qu'il lui faut pour revenir à elle, dans son propre espace, à son propre rythme. Ce retour progressif à soi fait partie intégrante du soin.

La séance en visio avec Wafaa El Hamdi est accessible depuis n'importe où, avec une simple connexion internet et un espace privé. La géographie n'est plus un obstacle à un accompagnement sérieux et profond.

Ce qui m'a conduit à me former à l'EMDR

Ma pratique est guidée par une conviction profonde : il existe des outils thérapeutiques plus ou moins pertinents selon ce que traverse la personne assise en face de moi. Et certains outils atteignent des dimensions de la souffrance que d'autres n'atteignent pas.

Avec l'hypnose ericksonienne, la PNL, les neuro-constellations familiales individuelles qui permettent de travailler sur les traumas, le somatique et les troubles psychosomatiques, j'avais déjà accès à des approches qui dépassent le seul travail verbal et cognitif. Des approches qui parlent à l'inconscient, au corps, au système nerveux.

L'EMDR s'est imposé comme le prolongement naturel de cette logique. Parce qu'il offre quelque chose de très précis, de très puissant, et de très validé scientifiquement : la capacité de retraiter des mémoires traumatiques bloquées dans le système nerveux, de permettre à ce qui était figé de se remettre en mouvement, et de ramener ainsi la personne dans le présent, dans la sécurité du présent, plutôt que dans cette vigilance épuisante d'un passé qui n'en finit pas.

Ce qui me touche profondément dans l'EMDR, c'est cette reconnaissance fondamentale que le cerveau, laissé dans les bonnes conditions, sait guérir. Il n'est pas abîmé. Il n'est pas défaillant. Il a simplement été débordé à un moment où les ressources n'étaient pas suffisantes pour terminer le traitement. L'EMDR ne fait pas le travail à sa place. Il crée les conditions pour qu'il puisse enfin le faire.

Accompagner quelqu'un au moment où quelque chose se débloque, où un souvenir qui portait toute la charge d'un danger présent devient enfin quelque chose qui appartient au passé, est l'une des expériences les plus humainement précieuses que je connaisse dans ce métier. 

Le système nerveux ne ment pas

Il y a quelque chose d'important à comprendre pour toute personne qui porte un vécu traumatique non résolu. Ce n'est pas dans la tête. Ce n'est pas une faiblesse. Ce n'est pas quelque chose qu'on devrait pouvoir surmonter par la volonté ou par la raison.

Le système nerveux répond à des informations. Lorsqu'il a enregistré qu'une certaine situation était dangereuse, il continue de répondre à cette situation comme si elle l'était toujours, même si objectivement tout a changé. Il fait son travail de protection. Il le fait avec la meilleure intention du monde. Mais il le fait à partir d'informations qui ne sont plus à jour.

L'EMDR permet de mettre à jour ces informations. De dire au système nerveux, au niveau où il peut l'entendre, qui n'est pas le niveau du discours conscient, que c'est terminé. Que le danger est passé. Que le présent est différent. Et de lui permettre de revenir, enfin, dans un état de calme et de sécurité qui est le sien naturellement lorsque rien ne le menace.

Ce retour au calme. Cette capacité retrouvée à vivre dans le présent sans être constamment rappelé vers le passé. Cette sensation, nouvelle parfois, d'habiter son corps sans avoir peur de ce qu'il ressent. C'est ce que l'EMDR rend possible. En cabinet ou en visio depuis chez vous, où que vous soyez.

Consulter Wafaa El Hamdi en EMDR

Wafaa El Hamdi est psychologue et hypnothérapeute, formée à l'EMDR à l'IFEMDR, et praticienne intégrative combinant EMDR, hypnose ericksonienne, PNL et neuro-constellations familiales pour un accompagnement complet au changement.

Les séances sont disponibles en cabinet et en visioconférence, en français et en arabe.

Si vous vous reconnaissez dans ce qui est décrit ici, si quelque chose en vous résonne en lisant ces mots, vous pouvez réserver un premier rendez-vous directement sur consciemment.fr. La première séance est un espace pour poser ce que vous portez, sans engagement, pour explorer ensemble si cet accompagnement vous correspond.

Wafaa El Hamdi, psychologue et hypnothérapeute en visio. Spécialisée dans l'accompagnement au changement par l'EMDR, l'hypnose ericksonienne, la PNL et les constellations familiales. Thérapies brèves. 







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